segunda-feira, 22 de fevereiro de 2016

Coulée de boue toxique : l’Etat brésilien exige une indemnisation record


Le Monde | • Mis à jour le | Par


Le petit village de Bento Rodrigues dans l'état du Minas Gerais au Brésil englouti par la coulée de boue.

Un peu plus de cent jours après l’une des pires catastrophes écologiques qu’ait jamais connue le Brésil, l’heure des comptes est venue. L’entreprise minière Samarco, suspectée de négligence coupable lors de la rupture de deux barrages dans l’état du Minas Gerais, le 5 novembre 2015, doit conclure un accord avant la fin du mois de février avec le gouvernement brésilien. La catastrophe avait engendré une avalanche de boue chargée de rejets miniers déversée sur plus de 600 kilomètres, engloutissant le petit village de Bento Rodrigues, dévastant la faune et la flore, et souillant le fleuve Rio Doce jusqu’à la mer. Dix-neuf personnes avaient trouvé la mort.

L’entreprise détenue à 50-50 par les groupes brésiliens Vale et australien BHP Billiton, pourrait devoir verser jusqu’à 20 milliards de reais (4,45 milliards d’euros) permettant d’entreprendre, sur dix ans, la réparation et le dédommagement de la catastrophe. Dans l’immédiat, l’entreprise devra verser 2 milliards de reais. A désastre inédit, montant inédit. Jamais l’Etat n’a exigé de telles sommes. En 2000, suite à la fuite de pétrole dans la baie de Guanabara à Rio de Janeiro, le groupe pétrolier Petrobras à l’origine du désastre avait dû s’acquitter de sommes chiffrées en dizaines de millions de reais.

Poursuites pénales

L’accord, qui pour aboutir doit d’abord vaincre les dernières résistances de l’entreprise, s’ajoute aux poursuites pénales engagées contre Samarco. Un peu moins d’une dizaine de membres de la direction de l’entreprise, dont Ricardo Vescovi, directeur de la société au moment des faits, sont poursuivis pour crime environnemental. La direction du groupe pourrait aussi être inculpée pour homicide.


Samarco est suspectée d’avoir fait preuve de légèreté, notamment pour déclencher l’alarme qui aurait permis de sauver des vies. Pire encore, l’entreprise aurait été avisée dès 2014 des failles des deux barrages, prétend Joaquim Pimenta de Avila, qui a travaillé en tant que consultant pour le groupe minier. Entendu par la police, l’ingénieur a confié avoir informé l’entreprise de risques de rupture, rapportait la Folha de Sao Paulo le 19 janvier.


Qu’a fait Samarco par la suite ? Mystère. Interrogée, l’entreprise nie vertement affirmant que « le consultant Joaquim Pimenta de Avila n’a jamais alerté de risque de rupture du barrage » et précise s’être entendue avec l’Etat du Minas Gerais afin d’adopter des mesures préventives supplémentaires pour renforcer la solidité des infrastructures.

Pour l’heure, aucune preuve n’accuse formellement le groupe. « Tout jugement est prématuré », souligne Carlos Henrique Medeiros, du Comité brésilien sur les barrages (CBDB), organisation chargée d’améliorer les performances des constructions. 


« Un barrage est une structure complexe et vulnérable. Le risque zéro n’existe pas », rappelle-t-il. « Il s’agit d’un accident complexe », insiste Samarco.

Les causes de la rupture des deux barrages, situés près de la petite ville touristique de Mariana, restent inconnues. Une enquête est en cours, dont les résultats sont espérés d’ici à six mois ou un an mais différentes hypothèses circulent. On évoque une petite secousse sismique ou encore une possible surcharge. Les doutes persistent également sur le degré de toxicité de la boue déversée dans le fleuve Rio Doce.

Inertie du gouvernement

Seule la justice permettra de déterminer la culpabilité ou non de Samarco. Mais l’entreprise s’est déjà distinguée par son manque d’empressement voire, par une sorte de nonchalance envers ce drame écologique. Le 27 janvier, l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles (Ibama) a rejeté de façon cinglante la proposition de Samarco pour la réhabilitation des zones endommagées. Le contenu du document avait été jugé plus que « superficiel » et l’entreprise a dû fournir une nouvelle version le 17 février.


Une vue aérienne de Rio Doce, qui a été recouvert par la boue, à un endroit où larivièr rejoint la mer, sur la côté d'Espirito Santo le 23 novembre 2015.
Au-delà de la colère concentrée sur le groupe, les organisations non gouvernementales s’agacent de l’inertie du gouvernement.

« La sécurité des barrages est assumée par les groupes miniers eux-mêmes, sans contrôle extérieur ! », souligne Nilo d’Avila, coordinateur de Greenpeace au Brésil. « La loi sur les mines et les barrages doit être améliorée mais rien ne laisse présager qu’elle va changer », poursuit-il rappelant que les entreprises minières ont financé abondamment campagnes et partis politiques.


Depuis quelques jours, Samarco a lancé une campagne de publicité nationale pour vanter les mesures prises pour réparer les dégâts. « Dans l’Etat du Minas Gerais ils font aussi de la publicité pour dire que l’eau est potable », enrage Dante Pavan membre du Giaia, un groupe indépendant de chercheurs visant à mesurer les dégâts environnementaux de la catastrophe. Reste que cette coulée de boue spectaculaire, qui a ruiné nombre d’agriculteurs et de pêcheurs du Rio Doce, a marqué les esprits.

L’image de Samarco n’en sortira pas indemne. Et celle de son actionnaire Vale, entreprise historique et emblématique du Brésil dont le nom initial était « Vale do Rio Doce », pourrait aussi être entachée.
 Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)              

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